Au cours des années 80 commençait à se dessiner peu à peu un monde
nouveau, traçant un horizon vers une société à venir, dont les enjeux
principaux devenaient la responsabilité individuelle, l’entrepreneuriat,
la mondialisation, la concurrence.
Cette transformation économique et sociale s’est tout d’abord présentée
à nous comme une réalisation miraculeuse de nos aspirations
personnelles, avant de devenir la contrainte indépassable que nous
connaissons aujourd’hui. Et lorsqu’elle a du alors se légitimer, elle
chercha à se justifier comme étant un concours complexe de
circonstances, comme étant le dur retour à la réalité après la sortie
des idéologies, l’entrée dans la modernité, un progrès dont nous ne
serions plus capable de nous passer, ou encore comme la nécessité de
s’adapter à un monde qui a tourné à la catastrophe chaque fois que nous
avons tenté de le changer.
Dans un cas comme dans l’autre, nous étions faits. C’était des
événements qui nous dépassent, nous englobent, nous emportent. Et si
vraiment l’être humain devait avoir quelque chose à voir avec cela, ce
n’était pas parce que quelques uns ont voulu ces changement et ont
réussi à les produire, mais parce que c’était finalement l’aboutissement
naturel de la société humaine, et sans doute le moins pire. Nous étions
donc tous pris à parti, tous acteurs, et tous responsables.
Serge Halimi, directeur du Monde Diplomatique, et François Denord,
sociologue et chercheur au CNRS, font l’analyse de cette période
réactionnaire qui dure encore jusqu’à aujourd’hui. Ils ont travaillé à
décrire le néolibéralisme et à l’inscrire dans l’histoire humaine, qu’il
a pourtant prétendu transcender.
Grâce à leurs recherches on constate alors que, comme tout mouvement de
pensée et d’action, le néolibéralisme a eu ses crises, ses théoriciens,
ses agents, ses dates, ses luttes, ses défaites, ses victoires.
Et qu’il a marqué une rupture décisive avec le libéralisme en
reconsidérant complètement le rôle de l’Etat. En le plaçant au centre de
la conquête de la liberté économique capitaliste c’était faire d’une
pierre deux coups, car les catastrophes à venir allaient renouveler les
prétextes à poursuivre la même politique.