Le point de fuite du système, c'est le crédit, c'est lui qui ouvrait les perspectives, les rallonge, les étend.

Les années 80 sont le point de fuite final du système: le spectaculaire intégré. Ses images, son décor, sont celles où il s'auto-absolutise dans sa niche, TON CERVEAU.
Pas d'autre chemin possible pour le capital, sa survie augmentée de bulle en bulle: le chibre de la bêtise, la puissance rapace, piratage sans partage, aura ramonné la réalité jusqu'au tréfonds.
on a tout bouffé, on s'est bâfré, d'excuses, de riens, de déviations, tout pour rien.
Il n'y a plus de perspective pour le système: le point de fuite est épuisé. La représentation est abolie et le spectacle s'écroule, des lambeaux d'habitudes charrient les tenaces relations, appauvris,
désormais même les requins balancent.
LES GENDRES ROUGES
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samedi 26 février 2011

L'hypersynchronisation des consciences, le vécu zombie d'une génération

                       Lola LAFON dit "De ça je me console" :






"La fable postindustrielle ne comprend pas que la puissance du capitalisme contemporain repose sur le contrôle simultané de la production et de la consommation réglant les activités des masses. Elle repose sur l’idée fausse que l’individu est ce qui s’oppose au groupe. Simondon a parfaitement montré, au contraire, qu’un individu est un processus, qui ne cesse de devenir ce qu’il est. Il ne s’individue psychiquement que collectivement. Ce qui rend possible cette individuation intrinsèquement collective, c’est que l’individuation des uns et des autres résulte de l’appropriation par chaque singularité de ce que Simondon appelle un fonds préindividuel commun à toutes ces singularités.
Héritage issu de l’expérience accumulée des générations, ce fonds préindividuel ne vit que dans la mesure où il est approprié singulièrement et ainsi transformé par la participation des individus psychiques qui partagent ce fonds commun. Mais ce n’est un partage que s’il est à chaque fois individué, et il ne l’est que dans la mesure où il est singularisé. Le groupe social se constitue comme composition d’une synchronie, dans la mesure où il se reconnaît dans un héritage commun, et d’une diachronie, dans la mesure où il rend possible et légitime l’appropriation singulière du fonds préindividuel par chaque membre du groupe.
Les industries de programmes tendent au contraire à opposer synchronie et diachronie, en vue de produire une hypersynchronisation qui rend tendanciellement impossible l’appropriation singulière du fonds préindividuel constitué par les programmes. La grille de ceux-ci se substitue à ce qu’André Leroi-Gourhan nomme les programmes socio-ethniques : elle est conçue pour que mon passé vécu tende à devenir le même que celui de mes voisins, et que nos comportements se grégarisent."
...
Dans les sociétés de modulation que sont les sociétés de contrôle, il s’agit de conditionner, par les technologies audiovisuelles et numériques de l’aisthesis, les temps de conscience et l’inconscient des corps et des âmes. A l’époque hyperindustrielle, l’esthétique – comme dimension du symbolique devenue à la fois arme et théâtre de la guerre économique – substitue le conditionnement des hypermasses à l’expérience sensible des individus psychiques ou sociaux. L’hypersynchronisation conduit à la perte d’individuation par l’homogénéisation des passés individuels, en ruinant le narcissisme primordial et le processus d’individuation psychique et collective : ce qui permettait la distinction du je et du nous, désormais confondus dans l’infirmité symbolique d’un on amorphe.
Bernard STIEGLER