« Pour que ‘mai 68’ puisse devenir ce mythe fondateur de notre modernité politique (mythe dont toute critique est sacrilège), il a bien évidemment fallu en gommer les aspects effectivement anticapitalistes (grèves ouvrières, redécouverte d’identités régionales et populaires refoulées, accès à la parole de groupes sociaux qui avaient jusque-là été tenus à distance par les maîtres de la société, expérimentations de formes de vie en rupture avec les contraintes habituelles de la consommation, etc.). Chacun peut constater, d’ailleurs, que si le système a immédiatement valorisé l’ »imagination au pouvoir » des contestataires (imagination qui allait, comme on le sait, faire très vite ses preuves dans la publicité, le showbiz et la communication), la figure de 68 la plus efficacement ridiculisée par les médias officielles fut assez rapidement celle du « baba cool », parti élever ses chèvres en Lozère et dont l’apport à la croissance du Capital était, de ce fait, beaucoup trop limité pour lui valoir les honneurs de la gauche. »
Jean-Claude Michéa, Orwell anarchiste tory, climats, Flammarion, 2008, p 139-141
Jean-Claude Michéa, Orwell anarchiste tory, climats, Flammarion, 2008, p 139-141
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